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HISTOIRE

rend l’image vivante et met, en quelque sorte, l’épée aux mains de la Muse.

Quand le peuple de Paris relève ses morts et les range avec un sinistre appareil sur un char funèbre, ira-t-il, comme le peuple de Berlin, les mener en procession au roi et se donner tout à loisir le spectacle de ses remords et de son épouvante ? Non, non ! Cette vengeance abstraite n’est pas pour le satisfaire. Le peuple, ici, porte ses morts au peuple ; et, quand il se précipite vers les Tuileries, ce n’est pas pour y faire entendre des lamentations ni pour regarder de loin une reine évanouie ; ce n’est pas non plus pour en chasser seulement un roi, c’est pour en expulser la royauté elle-même.

Les deux grandes puissances de l’Allemagne, l’empire d’Autriche et la monarchie prussienne, réduites, comme nous venons de le voir, à des concessions radicales, il n’était plus possible aux États secondaires de continuer la lutte. Partout l’opinion publique s’était prononcée dans le même sens qu’à Berlin et à Vienne ; partout elle demeurait maîtresse. À Munich, le peuple force le vieux roi d’abdiquer ; il obtient de Maximilien, son successeur, la liberté de la presse et la responsabilité des ministres. À Leipzig, l’insurrection arrache au roi de Saxe son accession au parlement allemand. En Hanovre, dans le Wurtemberg, dans les Hesses, dans le duché de Bade, mêmes démonstrations, mêmes résultats. Hambourg, Brême et Lubeck réforment leurs constitutions. Le Schleswig se prépare à la guerre. La Pologne menace à la fois la Russie, la Prusse, l’Autriche et promet d’entraîner tous les peuples slaves à sa suite. La presse de tous les États adresse un appel patriotique aux hommes éminents de chaque pays et les invite à former à Francfort un parlement préparatoire, chargé de constituer la Diète du peuple. Quelques publicistes, quelques docteurs en droit, quelques professeurs de philosophie et d’économie politique se réunissent à Heidelberg et fixent au 31 mars l’ouverture de ce parlement. Cinq cents