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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

heureuse. Les concessions que le grand-duc avait faites, dès la première nouvelle de la révolution de Paris, à l’esprit très-démocratique qui régnait dans ses États, l’abolition des droits féodaux, la liberté de la presse, l’accession au parlement allemand, etc., décrétées le 4 mars, avaient satisfait l’opinion. Dans le grand-duché de Bade, comme dans toute l’Allemagne, on attendait de ce prochain parlement le salut du pays, et la proclamation à main armée de la république, dans un pareil moment, était l’acte le plus intempestif qui pût se faire.

La faiblesse dont le ministre de l’intérieur avait fait preuve dans cette circonstance porta aussi une première atteinte à sa considération. Pendant que Caussidière et les clubs l’accusaient de déloyauté, les hommes politiques apercevaient dans ces entreprises, faites en quelque sorte avec lui, malgré lui, l’irrésolution de son caractère et cette absence d’autorité dont j’ai parlé plus haut, qui le condamnaient, en dépit de sa passion révolutionnaire et de ses talents, à ne jamais rien dominer ni conduire.

Ces premiers échecs faciles à prévoir, ces tentatives qui vinrent étourdiment se jeter à la traverse du mouvement spontané des nationalités, furent extrêmement nuisibles à la révolution elle-même. Elles fournirent aux princes étrangers des arguments tout-puissants sur la fierté offensée des peuples et furent partout le signal, contre la France, d’une réaction dont les partis monarchiques profitèrent avec une grande habileté. Plus la mission de la République française était grande en Europe, plus il convenait d’y apporter de prudence.

À l’extérieur comme à l’intérieur, cette mission pouvait se résumer dans un même mot qui est la formule du progrès démocratique : Association.

Association des citoyens libres au sein de l’État français ; confédération ou association des gouvernements libres par groupes naturels au sein de l’État européen, c’était, au fond, pour elle, un principe et un but identiques. Mais,