Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 2.djvu/390

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
386
HISTOIRE

Un détachement d’une cinquantaine d’hommes environ de la 2e légion, escortant les tambours qui battent le rappel, descendait le boulevard, sans se douter que les insurgés fussent si proches, lorsqu’il se voit inopinément en face de la barricade. Les gardes nationaux font signe de ne pas tirer, et continuent d’avancer jusqu’à quarante pas environ ; mais, soit qu’on n’ait pas compris leur signe, soit qu’on n’en tienne pas compte, une fusillade, partie de la terrasse d’une maison qui forme l’angle du boulevard Bonne-Nouvelle et du faubourg Saint-Denis, les prend en écharpe ; une dizaine d’entre eux tombent morts ou blessés. Au bruit des coups de feu, plusieurs gardes nationaux accourent isolément ; bientôt on voit arriver un bataillon de la 2e légion, commandé parle lieutenant-colonel Bouillon, et une compagnie de la 3e légion, sous les ordres du commandant Leclerc. Le représentant Coraly est avec eux.

Accueillis par un feu terrible, ils avancent résolûment sur la barricade ; une seconde décharge les force à reculer. Les insurgés qui descendent de la barricade, d’autres qui sortent en foule des maisons, les enveloppent. Une lutte s’engage ; on se bat corps à corps ; douze gardes nationaux sont tués ; une quarantaine d’autres, parmi lesquels MM. Thayer et de Sussy, sont blessés grièvement. Rien n’ébranle cependant les courages. Les gardes nationaux reviennent à la charge avec vigueur. Le chef des insurgés, qui, debout sur une voiture renversée, son drapeau à la main, commande le feu, est atteint mortellement.

On croit le combat terminé ; mais, au moment où le drapeau échappe au chef, une jeune fille, qu’on n’avait pas aperçue jusque-là, le saisit ; elle l’élève au-dessus de sa tête ; elle l’agite d’un air inspiré. Les cheveux épars, les bras nus, vêtue d’une robe de couleur éclatante, elle semble défier la mort. À cette vue, les gardes nationaux hésitent à faire feu ; ils crient à la jeune fille de se retirer ; elle reste intrépide ; elle provoque les assaillants du geste et de la voix ; un coup de feu part ; on la voit chanceler et