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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

s’affaisser sur elle-même. Mais une autre femme s’élance soudain à ses côtés ; d’une main elle soutient le corps sanglant de sa compagne, de l’autre elle lance des pierres aux assaillants. Une nouvelle décharge retentit ; la voici qui tombe à son tour sur le cadavre qu’elle tenait embrassé. À ce moment terrible, au plus fort de la fusillade, un chirurgien de la garde nationale quitte les rangs pour venir porter secours à ces femmes. Les voyant sans vie, il retourne, toujours au milieu du feu croisé des balles, vers les blessés de la garde nationale. La barricade est prise d’assaut ; les insurgés fuient vers le faubourg Saint-Denis. Le feu n’a pas duré moins d’une demi-heure.

Presque au même moment, paraît sur le boulevard, venant du côté de la Madeleine, la tête de la colonne que commande le général Lamoricière. Il est environ deux heures et demie. Le général Lamoricière vient établir son quartier général au Château-d’Eau. Il commande en chef à quatre colonnes qui doivent opérer simultanément dans le faubourg Poissonière, dans les faubourgs Saint-Martin, Saint-Denis et du Temple. Sa position est critique ; on n’a pu lui donner que quatre à cinq mille hommes, avec lesquels il lui faut occuper la vaste surface qui s’étend, dans une direction, depuis l’extrémité du faubourg du Temple jusqu’à l’église de la Madeleine ; dans l’autre direction, depuis le haut de la rue de Clichy jusqu’au palais du Louvre.

Son premier soin est d’envoyer reconnaître les positions de l’ennemi. Les rapports sont mauvais. La lutte est engagée partout et reste au moins indécise entre les insurgés, qui paraissent très-résolus, et la troupe qui montre peu d’ardeur. À la petite Villette, les insurgés se sont emparés de vingt-cinq caisses de mousquetons. Le général Clément Thomas, accompagné de MM. J. Favre et Landrin, qui a parcouru au pas de charge la rue Saint-Antoine, et s’est avancé jusqu’à la rue Culture-Sainte-Catherine, près l’église Saint-Paul, à la tête d’un détachement de la première lé-