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HISTOIRE

gion, du 21e de ligne et d’un escadron de dragons, a reçu deux balles dans la cuisse à l’attaque de la barricade, qu’il enlève au bout d’une demi-heure seulement, après quatre assauts où il laisse plus de cinquante hommes tués ou blessés.

Le représentant Dornès, à la tête d’un détachement de gardes mobiles, a voulu essayer de parlementer à une barricade du faubourg Saint-Martin ; il est atteint dangereusement. Sur la place des Vosges, deux cents gardes nationaux, tenus en échec par les insurgés, tirent, par mégarde, sur la garde mobile, qui arrive à leur secours ; huit hommes morts et quinze blessés sont victimes de cette méprise. Dans le faubourg Poissonnière, les insurgés occupent les barrières Rochechouart, Poissonnière, de la Villette ; ils s’appuient sur Montmartre et la Chapelle-Saint-Denis, où la population entière et la garde nationale font cause commune avec eux.

Il serait impossible au général Lamoricière, qui n’a en ce moment sous ses ordres que deux pièces de canon, deux escadrons de lanciers, deux bataillons des gardes mobiles, deux bataillons de la deuxième légion et quelques détachement du 11e léger, de prendre l’offensive. Inquiété sur ses derrières, obligé d’attaquer à la fois les barricades du faubourg Saint-Denis et du faubourg Saint-Martin, celles du Temple qui avancent et menacent son aile droite, il ne peut songer qu’à barrer aux insurgés le chemin de l’Hôtel de Ville, en gardant le bas des faubourgs, principalement l’extrémité des rues qui ouvrent sur le boulevard. Mais cela seul est d’une difficulté excessive. Le général Lamoricière accomplit là des prodiges d’habileté. Forcé d’agir avec une poignée d’hommes sur une immense étendue de rues et de carrefours qu’il ne connaît pas, où l’insurrection occupe les positions les plus favorables, il parvient, pendant tout un jour, par la rapidité et l’audace de ses manœuvres, à tromper l’ennemi sur l’état des forces dont il dispose, et à étourdir ses propres troupes, auxquelles il ne laisse pas le loisir de se compter.