Page:Agoult - Histoire de la révolution de 1848, tome 2.djvu/394

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
390
HISTOIRE

barrent la rue Bellefonds et la rue du Faubourg-Poissonnière, à la hauteur de la fabrique de gaz. Cette position est formidable. Plusieurs bataillons de la deuxième légion, quelques compagnies du 7e léger et de la garde mobile, commandés par le général Lafontaine, arrivent successivement par le faubourg Poissonnière, où les insurgés n’ont pas opposé de résistance, en vue de la barricade qui traverse la place Lafayette. On fait les trois sommations, mais inutilement. Le feu commence. Les insurgés ripostent. Pendant vingt minutes, les balles pleuvent des deux côtés et frappent un grand nombre de combattants. Le général Lafontaine fait battre la charge ; on marche sur la barricade la baïonnette en avant ; une trentaine de soldats, pour protéger ceux qui montent à l’assaut, brisent les portes des maisons à coups de crosse et s’emparent des fenêtres de vive force. Enfin la barricade est enlevée ; mais l’avantage est chèrement payé. Les insurgés ont montré un courage et un sang-froid qui étonnent la troupe. La garde nationale a perdu une vingtaine d’hommes. Le sang rougit les pavés. On voit passer sur un brancard le brave Lefèvre, qui commandait en second le troisième bataillon de la deuxième légion, et qui s’était avancé avec quelques tirailleurs jusqu’à l’angle des rues de Dunkerque et de Denain. Atteint mortellement d’une balle au foie : « La barricade est-elle prise ? dit-il d’une voix expirante à ceux de ses camarades qui viennent l’entourer. — Elle est à nous ! lui répondent-ils. — Eh bien ! vive la République ! » murmure Lefèvre en élevant sa main avec effort ; et chacun s’unissait en silence à la noble simplicité d’un patriotisme qui, à ce moment, remplissait et exaltait tous les cœurs.

Dans le même temps, une colonne de troupes, commandée par le général Rapatel, poussait jusqu’au faubourg Saint-Denis, attaquait au pas de course et prenait successivement, en moins d’une demi-heure, cinq barricades élevées à une très-petite distance l’une de l’autre dans la rue Saint-Laurent et autour de l’église du même nom. Le com-