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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

n’écoute. Les représentants entrent et sortent, s’interrogent, se communiquent des nouvelles, des conjectures ; les tribunes publiques sont très-agitées. On y parle beaucoup du renversement de la commission exécutive, de la concentration des pouvoirs civils et militaires entre les mains du général Cavaignac. L’émotion est telle que la séance reste suspendue. Enfin M. Senard, qui, à plusieurs reprises, a quitté le fauteuil, monte à la tribune et communique à l’Assemblée des notes que lui envoie le préfet de police. Ces notes sont brèves et concises. Tout en annonçant qu’elles sont très-rassurantes, le président les lit d’une voix altérée dont l’émotion se communique.

M. Flocon lui succède à la tribune. Il vient, avec une véhémence extrême, dénoncer à l’Assemblée le caractère de l’insurrection. Selon lui, les agitateurs ne veulent que l’anarchie ; si l’on parvient à saisir les fils de la conjuration on y trouvera plus que la main des ouvriers en désordre, plus que la main d’un prétendant ; on y trouvera l’or et la main de l’étranger[1].

Quelques protestations ayant accueilli ces paroles : « C’est aux républicains que je m’adresse, » reprend M. Flocon, en se tournant vers la gauche. « À tout le monde, alors, » s’écrie-t-on sur les bancs de la droite. « C’est aux républicains que je parle, » répète M. Flocon. « Il n’y a que des républicains ici, » s’écrient les mêmes voix. « Eh bien ! reprend encore M. Flocon, je parle non-seulement pour l’Assemblée, où il n’y a que des républicains, mais je le déclare bien haut, afin que du dehors on m’entende, tous ces efforts, tout ce désordre, n’ont qu’un but : c’est le renversement de la République et le rétablissement du despotisme. »

Une vive sensation est produite par ces paroles et par

  1. Il ne sera pas sans intérêt, pour apprécier l’état des partis populaires dans Paris, de consulter une liste des principales arrestations politiques opérées du 15 mai au 22 juin. Voir aux Documents historiques. à la fin du volume, no 14.