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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

veille de l’élection présidentielle, au moment où il n’exerce plus qu’un pouvoir éphémère, d’engager le pays dans une telle expédition, qui, selon lui, serait infailliblement le signal d’une guerre européenne. Ses scrupules à cet égard vont si loin, qu’il refuse au général Bedeau l’autorisation de se rendre au vœu de l’armée piémontaise et de conduire avec Charles-Albert les opérations de la campagne prochaine.

Pour apprécier avec justesse cette politique de non-intervention dont les conséquences furent décisives et qui acheva de perdre la révolution en Europe, il est nécessaire de revenir un peu sur nos pas.

On se rappelle que le 29 mars, quelques jours après la délivrance de Milan, l’armée piémontaise passait le Tessin sous la conduite de Charles-Albert et de ses fils, qui levaient hardiment l’étendard de l’indépendance italienne.

L’enthousiasme du patriotisme et l’ivresse du succès étaient au comble. Lorsqu’on vit avec quelle précipitation le maréchal Radetzky abandonnait les plaines de la Lombardie pour se retrancher sur le Mincio et l’Adige dans les places fortes de Mantoue, Peschiera, Legnago, Vérone, personne ne mit en doute sa prochaine et complète défaite. La délivrance de l’Italie parut tellement assurée que les partis politiques, unis jusque-là dans un même sentiment de révolte contre l’oppression, et les jalousies d’États à États, étouffées par une commune horreur de l’étranger, reprirent leur vivacité ancienne et se disputèrent à l’avance le fruit d’une victoire qui n’était pas encore remportée.

Le gouvernement provisoire de Milan avait appelé Charles-Albert, en réservant à une future assemblée constituante le droit de décider du sort de la Lombardie. Mais ce prince, qui redoutait à l’excès le mouvement révolutionnaire en Italie et l’intervention de la république française, semblait disposé à se mettre lui-même en possession d’une province dont il se considérait déjà comme le libérateur. Les démocrates, à leur tour, qui se défiaient également de l’aristo-