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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

dire qu’il fallait renverser le gouvernement provisoire, et ne parla que de l’épurer. La pétition, qui demandait dans l’origine l’ajournement indéfini des élections, fut aussi très-modifiée par l’influence de M. Cabet.

Cependant le gouvernement provisoire, prévenu depuis plusieurs jours par M. Louis Blanc de la manifestation des corporations, et mieux instruit que ne pouvait l’être celui-ci des éléments perturbateurs qui menaçaient d’en dénaturer le caractère, attendait avec une inquiétude extrême, à l’Hôtel de Ville, ce qui allait sortir d’un pareil ébranlement de la population.

Si la majorité du conseil n’avait songé qu’à son propre salut, il lui était facile d’appeler à sa défense les baïonnettes de la garde nationale. La journée de la veille montrait assez son vif désir de commencer la lutte avec la révolution. Mais, j’ai déjà eu occasion de le faire remarquer, les hommes qui composaient la majorité du conseil, aussi bien que ceux qui s’y trouvaient en minorité, pour différer de vues politiques, n’en restaient pas moins d’accord dans le sentiment du dévouement au pays. Tous souhaitaient sincèrement d’épargner à la République les malheurs de la guerre civile.

Les préparatifs de défense du gouvernement se bornèrent donc à faire fermer les grilles de l’Hôtel de Ville, derrière lesquelles le colonel Rey disposa deux à trois mille volontaires auxquels il commandait depuis le 24 février. C’était une troupe formée au hasard, médiocrement disciplinée et plus disposée, à en juger par son origine et par son langage, à se joindre dans l’occasion au peuple qu’à lui opposer une résistance sérieuse. Tout allait donc dépendre de la sagesse populaire, et l’issue de la journée se pouvait d’autant moins prévoir que cette sagesse instinctive et orageuse n’avait pas conscience d’elle-même.

Vers une heure de l’après-midi, on vit paraître, à l’extrémité de la place de Grève, la tête du cortége populaire. Elle était composée de cinq à six cents clubistes, parmi lesquels