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DE LA RÉVOLUTION DE 1848.

parce qu’il l’a conquise ; elle lui appartient parce qu’il saura la garder de tout désordre. La République, à l’intérieur, ne veut d’autre défenseur que le peuple armé.

« Mais quoique ceci soit la vérité aujourd’hui, et que nous vous déclarions que nous ne voulons que le peuple armé pour protéger ses institutions, n’en concluez pas que nous consentions jamais à la déchéance des soldats français ! N’en concluez pas que nous mettions notre brave armée en suspicion, et que nous nous interdisions de l’appeler, même dans l’intérieur, même à Paris, si des circonstances de guerre commandaient telle ou telle disposition de nos forces pour la sûreté extérieure de la patrie ! »

Applaudi par un grand nombre de délégués, se sachant appuyé par les chefs des clubs, M. de Lamartine trouve en terminant sa harangue une de ces images frappantes qui souvent déjà l’ont fait triompher des défiances populaires. « Soyez sûr, s’était écrié avec émotion un ouvrier, que le peuple n’est là que pour appuyer le gouvernement. — Je le crois, j’en suis certain, réplique M. de Lamartine ; mais prenez garde, citoyens, à des réunions comme celles d’aujourd’hui, quelque belles qu’elles soient. Les dix-huit brumaire du peuple pourraient amener, contre son gré, les dix-huit brumaire du despotisme ; et ni vous ni nous n’en voulons. »

Un applaudissement général couvre, à ce mot, la voix de M. de Lamartine. La députation déconcertée s’ébranle. MM. Cabet et Sobrier saisissent ce moment favorable pour déterminer le mouvement de retraite. Blanqui et les siens sont entraînés. Au même instant, on entend sur la place des milliers de voix qui demandent à grands cris le gouvernement provisoire. Il devient manifeste que la force morale est à lui. La colère et l’indignation éclatent sur les physionomies des factieux. Comme M. Louis Blanc descendait les degrés du grand escalier, l’un d’eux, lui saisissant le bras et le secouant brutalement : « Tu es donc un traître, toi aussi ! » s’écrie-t-il. M. Louis Blanc le regarde stupéfait ;