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L’ÉCLAIREUR.

Le chef marcha rapidement vers l’endroit où la fosse avait été creusée. Elle était vide, don Estevan avait disparu ; sur le revers du talus, formé par les terres rejetées en dehors de la fosse, un homme étendu gisait sans mouvement.

L’Aigle-Volant se pencha sur lui et l’examina attentivement pendant quelques secondes.

— Je le savais ! murmura-t-il en se redressant avec un sourire de dédain, cela devait arriver ainsi, les faces pâles sont de vieilles femmes bavardes, l’ingratitude est un vice blanc, la vengeance est une vertu rouge.

Le chef demeura pensif, les yeux fixés sur le blessé.

— Le sauverai-je ? reprit-il enfin. À quoi bon ? ne vaut-il pas mieux laisser les coyotes se déchirer entre eux ; les guerriers rouges se rient de leur fureur ; celui-là ajouta-t-il, était cependant un des meilleurs entre ces faces pâles pillardes qui viennent nous relancer jusque dans nos derniers refuges ! Bah ! que m’importe ! nos deux races sont ennemies ; les bêtes fauves l’achèveront, à chacun sa proie.

Et il fit un geste pour s’éloigner. Soudain il sentit une main se poser sur son épaule, et une voix timide murmura doucement à son oreille :

— Ce visage pâle est l’ami de la tête grise qui a délivré l’Aigle-Volant ; le sachem l’ignore-t-il ?

Le Chef tressaillit à cette question qui répondait si bien à ses pensées intérieures ; car, tout en se parlant à lui-même et en cherchant à se prouver qu’il avait raison d’abandonner le blessé, l’Indien savait fort bien que l’action qu’il préméditait était répréhensible et que l’honneur exigeait qu’il secourût l’homme étendu à ses pieds.

— L’Églantine connaît ce chasseur ? répondit-il évasivement.

— L’églantine l’a vu il y a deux jours pour la première fois, lorsqu’il a sauvé si courageusement l’ami du chef.