Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/100

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l’espace et cherchant à sonder la profondeur des ténèbres, elle attendit en comptant avec anxiété les secondes.

Nul n’a pu calculer encore de combien de siècles se compose une minute pour celui qui attend.

Cependant le temps s’écoulait avec rapidité, la lune avait presque disparu à l’horizon ; une heure encore et le soleil se lèverait.

La jeune fille commençait à douter de l’arrivée de don Pablo ; un sourd désespoir s’emparait d’elle, et elle maudissait l’impossibilité matérielle qui l’obligeait à rester inactive à cette place et la réduisait à l’impuissance.

Disons en quelques mots ce qui se passait en ce moment sur la colline du Bison-Fou.

Valentin, Curumilla et don Pablo, assis au sommet de la colline, fumaient silencieusement leur calumet, chacun songeant à part soi au moyen à employer pour sortir de la position fâcheuse dans laquelle la petite troupe se trouvait, lorsqu’un sifflement aigu se fit entendre, et une longue flèche passant rapide entre les trois hommes vint profondément s’enfoncer dans le tertre de gazon au pied duquel ils se tenaient.

— Qu’est-ce-là ? s’écria Valentin qui, le premier, reprit son sang-froid ; vive Dieu ! les Peaux Rouges commenceraient-ils déjà l’attaque !

— Réveillons nos amis, dit don Pablo.

— Ami ! fit Curumilla qui avait arraché la flèche du tertre où elle tremblait et la considérait attentivement.

— Que voulez-vous dire, chef ? demanda le chasseur.

— Voyez ! répondit laconiquement l’Indien en lui