Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/102

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homme laissa tomber sa tête sur sa poitrine et resta quelque temps plongé dans de profondes réflexions.

— Que faire ? murmura-t-il.

— Y aller, pardieu ! répondit Valentin. Qui sait ? peut-être ce chiffon de papier contient-il notre salut à tous.

— Mais si c’est une trahison.

— Une trahison ! Allons donc, mon ami, vous voulez rire ! Les Indiens sont traîtres et fourbes à l’excès, je vous l’accorde ; mais ils ont une frayeur épouvantable de tout ce qui est écriture, qu’ils tiennent pour un grimoire émanant du génie du mal. Non, cette lettre ne vient pas des Indiens. Quant aux pirates des prairies, ils savent fort bien se servir d’un rifle, mais ils ignorent complètement l’art de se servir d’une plume d’oie, et je vous affirme que d’ici à Monterey d’un côté, et à New York de l’autre, vous n’en trouveriez pas un qui sût écrire. Cet avis émane donc, sans aucun doute, d’un ami. Quel est cet ami ? voilà ce qui est plus difficile à deviner.

— Votre opinion serait donc d’accepter le rendez-vous ?

— Pourquoi pas ? en prenant, bien entendu, toutes les précautions usitées en pareil cas.

— Je dois m’y rendre seul ?

— Canarios ! on se rend toujours seul à ces sortes d’entrevues ; c’est convenu cela, dit Valentin en ricanant, seulement on se fait accompagner, et bien fou celui qui négligerait cette précaution.

— En admettant que je sois disposé à suivre votre conseil, je ne puis abandonner mon père seul ici.

— Votre père est en sûreté quant à présent. D’ailleurs il a avec lui le général et Curumilla, qui, je vous