Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/108

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ne fit pas un geste pour se soustraire au sort qui la menaçait.

Don Pablo lui saisit vivement le bras.

— Valentin, lui dit-il, qu’allez-vous faire, ami ?

— C’est juste, répondit le chasseur ; si près de la mort, je ne me déshonorerai pas en tuant cette malheureuse.

— Bien, frère ! fit don Pablo en lançant un regard de mépris à la Gazelle qui l’implorait en vain ; des hommes comme nous n’assassinent pas les femmes. Laissons cette misérable et vendons chèrement notre vie.

— Bah ! bah ! la mort n’est peut-être pas aussi proche que vous le supposez ; pour ma part, je ne désespère pas de nous sortir de ce guêpier.

Ils jetèrent un regard anxieux dans la vallée pour reconnaître leur position.

L’obscurité était presque dissipée ; le soleil, encore invisible, teintait le ciel de ces lueurs rougeâtres qui précèdent de peu d’instants son apparition.

Aussi loin que la vue pouvait s’étendre, la plaine était envahie par de forts détachements indiens.

Les deux hommes reconnurent qu’il leur restait de bien faibles chances de regagner leur forteresse.

Pourtant ces hommes, accoutumés à tenter journellement l’impossible, ne se découragèrent pas en présence du danger imminent qui les menaçait.

Après s’être silencieusement serré la main dans une étreinte suprême, ces deux natures d’élite relevèrent fièrement la tête, et le front calme, l’œil étincelant, ils se préparèrent à braver la mort horrible qui les attendait s’ils étaient découverts.

— Arrêtez, au nom du ciel ! s’écria la jeune fille