Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/166

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quelles étaient ses intentions pour l’avenir et quel genre de vie il comptait adopter.

— Mon père, répondit le squatter, je vous appartiens désormais ; ce que vous me conseillerez, je le ferai ; seulement, je vous ferai observer que je suis une espèce de sauvage dont la vie tout entière s’est écoulée au désert. À quoi serai-je bon dans une ville, parmi des gens dont je ne comprendrai ni les habitudes, ni le caractère ?

— C’est vrai, dit le prêtre, et puis sans ressources comme vous l’êtes, vieux déjà et ignorant tout autre travail que celui des bois, vous ne feriez que traîner une existence misérable.

— Cela ne m’arrêterait pas, mon père, si cela devait être pour moi une expiation, mais j’ai trop offensé les hommes pour retourner au milieu d’eux ; c’est dans le désert que je dois vivre et mourir, tâchant de racheter par une vieillesse exempte de blâme les fautes et les crimes d’une jeunesse dont j’ai horreur.

— Je vous approuve, votre intention est bonne ; laissez-moi réfléchir quelques jours, et je verrai à vous procurer les moyens de vivre ainsi que vous l’entendez.

La conversation en était restée là.

Un mois s’écoula sans que le missionnaire, à part les instructions qu’il donnait au Cèdre-Rouge, fît aucune allusion à ce qui avait été dit entre eux.

Le squatter avait toujours montré à Ellen une certaine amitié brusque et hargneuse, si l’on peut se servir de cette expression, parfaitement en rapport avec la rudesse de son caractère inculte et grossier : mais depuis qu’il avait pu apprécier le dévouement complet de la jeune fille, l’abnégation dont elle avait fait