Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/176

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XVI.

Un complice.

Le Cèdre-Rouge s’habitua beaucoup plus facilement que sa fille ne l’aurait supposé à la nouvelle vie qui lui était faite.

Du reste, rien n’était changé dans son existence ; à part le mode de procéder, c’était toujours le même travail, c’est-à-dire la vie du désert dans toute sa splendide liberté, la chasse et la pêche, pendant qu’Ellen, restée à la maison, s’occupait des soins du ménage.

Seulement, le soir, avant de se livrer au repos, la jeune fille lisait à son père un passage des Écritures saintes dans une Bible que lui avait donnée le père Séraphin.

Le squatter, le coude sur la table et la pipe à la bouche, prêtait à cette lecture une attention qui l’étonnait lui-même, et qui chaque jour ne faisait qu’augmenter.

C’était un ravissant tableau que celui offert dans ce coin ignoré du grand désert américain, au milieu de cette nature grandiose, dans ce misérable jacal qui tremblait au moindre souffle de la brise, par ce vieillard taillé en athlète, aux traits énergiques et sombres, écoutant lire cette jeune fille pâle, blonde et délicate, dont les traits fins et les contours vaporeux formaient un si étrange contraste avec ceux de son auditeur.

Tous les jours il en était ainsi ; le squatter était heureux ou du moins il croyait l’être : comme tous les