Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/179

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Un matin, le Cèdre-Rouge se leva de meilleure heure que de coutume, sortit du jacal en évitant de faire du bruit, afin de ne pas éveiller sa fille qui dormait, sella son cheval et s’éloigna au galop.

Il avait, le soir précédent, reconnu les traces d’un magnifique ours noir qu’il avait suivi jusqu’à peu de distance de la caverne dans laquelle il se retirait et il voulait le prendre au gîte.

Pour cela, il fallait se presser : l’ours n’est pas comme les autres fauves ; c’est surtout le jour qu’il cherche sa nourriture, et il abandonne ordinairement son domicile d’assez bonne heure.

Le squatter, parfaitement au courant des habitudes de cet animal, s’était donc mis sur sa piste le plus tôt qu’il avait pu.

Le soleil n’était pas levé encore. Le ciel, d’un bleu sombre, commençait seulement à prendre, à l’extrême limite de l’horizon, ces reflets d’opale qui passent ensuite au rosé et qui sont les précurseurs du lever du soleil.

La journée promettait d’être superbe ; une légère brise courbait faiblement la cime ombreuse des arbres et ridait à peine le mince filet d’eau dont le squatter suivait les rives.

Un léger brouillard s’élevait du sol imprégné de ces senteurs âcres qui dilatent si efficacement la poitrine. Les oiseaux s’éveillaient les uns après les autres sous la feuillée et préludaient doucement au mélodieux concert qu’ils chantent chaque matin pour saluer le réveil de la nature.

Peu à peu, les ténèbres s’effacèrent, le soleil monta resplendissant à l’horizon et le jour se leva splendide.