Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/200

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XVIII.

La délibération.

Il faut avoir soi-même vécu longtemps loin des êtres que l’on chérit, séparé d’eux par d’incommensurables distances sans espoir de les revoir jamais, pour comprendre les émotions douces et douloureuses à la fois qu’éprouva Valentin en revoyant sa mère.

Nous, dont la plus grande partie de la vie s’est écoulée dans les déserts du nouveau monde, au milieu des hordes sauvages qui les habitent, parlant des langues qui n’avaient avec la nôtre aucune espèce de ressemblance, astreint à des coutumes en complet désaccord avec celles de notre pays, nous nous souvenons de l’attendrissement qui s’emparait de nous lorsque parfois un voyageur égaré prononçait devant nous ce nom sacré si cher à notre cœur, la France !

C’est-à-dire la famille, la joie, le bonheur, trois mots qui résument l’existence humaine.

Oh ! l’exil est pire que la mort.

C’est une plaie toujours vive, et toujours saignante que le temps, au lieu d’amoindrir, ne fait qu’augmenter à chaque heure, à chaque minute, à chaque seconde, et change enfin en un tel besoin de respirer l’air natal, ne serait-ce qu’un jour, que l’exilé finit par contracter cette maladie terrible et sans remède à laquelle les médecins donnent le nom de nostalgie.

Il arrive un moment où l’homme éloigné de sa patrie éprouve un besoin invincible de la revoir, d’entendre parler sa langue ; ni fortune ni honneurs ne peuvent lutter contre ce besoin du pays.