Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/199

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pleurant, à demi folle de joie et de terreur de le voir en cet état.

Elle se repentait de l’épreuve qu’elle avait voulu tenter.

Lui, il baisait son visage, ses cheveux blancs, sans pouvoir prononcer une parole.

Enfin, un rauquement sourd s’échappa de sa poitrine, il respira avec force, un sanglot déchira sa gorge et il fondit en larmes en s’écriant avec un accent de tendresse inexprimable :

— Ma mère ! ma mère ! oh ! ma mère !

Ces paroles furent les seules qu’il trouva.

Valentin riait et pleurait à la fois, assis sur un quartier de roc, tenant sa mère sur ses genoux ; il l’embrassait avec une joie délirante, la dévorait des yeux et ne se rassasiait pas de baiser ses cheveux blancs, ses joues pâlies et ses yeux qui avaient versé tant de larmes.

Les spectateurs de cette scène, émus par cet amour si vrai et si naïf, pleuraient silencieusement autour de la mère et du fils.

Curumilla, accroupi dans un coin de la grotte, regardait fixement le chasseur, pendant que deux larmes coulaient lentement sur ses joues brunies.

Lorsque la première émotion fut un peu calmée, le père Séraphin, qui jusqu’alors s’était tenu à l’écart afin de ne pas troubler les doux épanchements de cette entrevue suprême, fit un pas en avant, et se plaçant au milieu des assistants :

— Mes enfants, dit-il d’un ton doucement impérieux, en montrant le simple crucifix de cuivre qu’il élevait de la main droite, rendons grâce au Seigneur pour sa bonté infinie.

Les chasseurs s’agenouillèrent et prièrent.