Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/209

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aurait de durée, et plus vite il parviendrait à en amoindrir les conséquences.

Par un mouvement instinctif, la vieille dame arrêta son cheval, et regardant son fils avec des yeux pleins de larmes :

— Que me dis-tu donc là, Valentin ? lui demanda-t-elle avec une voix tremblante, tu vas me quitter ?

— Vous m’avez mal compris, ma mère, répondit-il ; après une aussi longue séparation, je ne consentirais pas à vivre éloigné de vous.

— Hélas ! murmura-t-elle.

— Seulement, ma mère, continua-t-il impassiblement, il faut que vous vous persuadiez bien d’une chose, c’est que la vie du désert est toute différente de la vie civilisée.

— Je le sais déjà ! fit-elle avec un soupir.

— Fort bien, reprit-il ; cette vie a des exigences qui seraient trop longues à vous expliquer, et qui nécessitent une suite de marches et de contre-marches continuelles, allant tantôt ici, tantôt là, sans raison apparente, vivant au jour le jour, et éternellement à cheval.

— Voyons, mon ami, ne me fais pas souffrir plus longtemps, dis-moi en deux mots où tu veux en venir.

— À ceci, ma mère, que cette vie de fatigues et de dangers sans trêves peut être fort agréable à un homme jeune comme moi, doué d’un tempérament de fer et habitué de longue date à toutes ses péripéties, mais qu’elle est matériellement impossible pour vous, à votre âge, débile et maladive comme vous l’êtes : or, vous êtes mon seul bien, mon seul trésor, ma mère ; je vous ai retrouvée par un miracle, et je tiens à vous conserver le plus longtemps possible ; pour cela, je