Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/210

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ne dois pas vous exposer ainsi, par une faiblesse de cœur mal entendue, à supporter des fatigues et des privations qui vous tueraient en huit jours.

— Et alors ? demanda timidement la mère, vaincue malgré elle par l’accent péremptoire du jeune homme.

— Voici ce que j’ai résolu, dit-il d’un air câlin, si je ne veux pas que vous souffriez : je veux que nous soyons, sinon continuellement, du moins le plus possible auprès l’un de l’autre.

— Oh ! oui, fit-elle, te voir, mon enfant, te voir toujours, je ne te demande pas autre chose ; que m’importe tout le reste, pourvu que je sois près de toi, que je puisse te consoler dans ta tristesse, me réjouir de ta joie ?

— Ma mère, dit le chasseur, je crois avoir arrangé les choses aussi bien que possible ; le père Séraphin vous répétera que toute autre combinaison aurait été absurde.

— Enfin, murmura-t-elle.

— Je vous conduis, reprit-il, dans un village des Comanches, dont je suis le fils adoptif ; leur chef m’aime comme un frère ; ce village est à quelques lieues d’ici tout au plus ; là, vous serez au milieu d’amis qui vous respecteront et vous prodigueront les soins les plus empressés.

— Mais toi, mon enfant ?

— Moi, ma mère, je vous visiterai le plus souvent que je pourrai, et, croyez-moi, peu de jours se passeront sans que je vous voie.

— Hélas ! mon pauvre enfant, pourquoi t’obstiner à mener cette vie de dangers et de fatigues ? Nous serions si heureux, si tu le voulais, tous les deux, vivant l’un pour l’autre, retirés dans un petit village