Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/230

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de reformer une autre troupe, parce que, si je le laisse seul dans la prairie, dès que je ne serai plus là, il se mettra à la recherche du trésor et il fera tant qu’il le découvrira. N’ai-je pas deviné juste, hein, dites-moi, compadre ?

— À peu près, répondit le moine, furieux de se voir si bien et si entièrement deviné.

— Oui, n’est-ce pas ? continua le Cèdre-Rouge. Seulement, comme toutes les natures mauvaises, gangrenées jusqu’au cœur, vous avez dépassé le but, en m’attribuant les mêmes instincts sordides qu’à vous, et vous avez pensé que si je suis assassin je puis être voleur ; voilà l’erreur dans laquelle vous êtes tombé, compadre. Sachez-le bien, fit-il en frappant du pied avec force, ce trésor tant convoité serait là, sous mon talon, que je ne me baisserais pas pour en ramasser une parcelle. L’or n’est rien pour moi, je le méprise. Lorsque j’ai consenti à vous guider vers le placer, vous avez naturellement supposé que c’était l’avarice qui m’engageait à le faire, vous vous êtes trompé ; j’avais un mobile plus puissant et surtout plus noble : la vengeance. Maintenant, tenez-vous-le pour dit et ne me reparlez plus de votre placer maudit, dont je me soucie comme d’une avellana (noisette). Sur ce, bonsoir, compadre ; je vais dormir ou du moins essayer, je vous conseille d’en faire autant.

Et sans attendre la réplique du moine, le squatter tourna le dos et se retira dans un des compartiments intérieurs.

Depuis quelque temps déjà, Ellen était allée se livrer au repos.

Fray Ambrosio demeura seul avec les fils du squatter.