Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/229

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je suppose, sur la frontière indienne ; à la rigueur, nous pourrions, il me semble, retourner au Paso del Norte ; là, au moins, nous avons des amis et nous sommes certains d’être bien reçus.

Le Cèdre-Rouge le regarda bien en face, et lui dit avec ironie :

— Voyons votre pensée tout entière, señor padre ; vous avez un but en voulant retourner au Paso, faites-le-moi connaître.

— Caspita ! vous êtes aussi instruit que moi, s’écria le moine en rougissant ; qu’avons-nous besoin de jouer au plus fin ?

Le squatter se leva brusquement et repoussa son siège d’un coup de pied.

— Vous avez raison, dit-il avec colère ; jouons cartes sur table, je ne demande pas mieux ; et pour vous donner l’exemple de la franchise, écoutez-moi. Vous n’avez jamais perdu de vue la raison qui vous a fait entrer dans le désert ; vous n’avez qu’un but, un désir, arriver au riche placer dont, en assassinant un homme, vous avez appris le gisement ; ni les fatigues que vous avez endurées, ni les périls que vous avez courus, n’ont pu vous faire renoncer à votre projet ; l’espoir de récolter de l’or vous aveugle et vous rend fou, est-ce vrai ?

— C’est vrai, répondit crûment le moine. Après ?

— Après, lorsque notre troupe a été détruite et complètement dispersée, voici le raisonnement que vous vous êtes fait, raisonnement, ajouta-t-il avec un sourire sardonique, qui fait honneur à votre sagacité et à la fermeté de votre caractère : le Cèdre-Rouge connaît à peu près le gisement du placer, il faut que je l’oblige à revenir avec moi au Paso, afin