Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/243

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ces deux cavaliers, dit le général avec un soupir, nous serions sauvés.

— De quels cavaliers parlez-vous, général ? Où les voyez-vous ? fit le chasseur.

Le général étendit les bras dans la direction du nord-est.

— Tenez, là, dit-il, auprès de ce bouquet de chênes-lièges… Les voyez-vous ?

— Oui, répondit Valentin ; ils vont tranquillement, comme des gens qui se savent sur le bon chemin et qui n’ont rien à redouter.

— Ils sont bien heureux ! murmura le général.

— Bah ! qui sait ce qui les attend au tournant de ce chemin qu’ils suivent si paisiblement ? fit le chasseur en riant ; personne ne peut répondre de la minute avenir ; ils sont sur la route d’Indépendance à Santa Fé.

— Hum ! je voudrais bien y être, moi aussi, grommela le général entre ses dents.

Valentin, qui n’avait d’abord jeté sur les voyageurs qu’un regard distrait, les suivait maintenant des yeux avec intérêt, presque avec anxiété ; mais bientôt ils disparurent derrière un angle du chemin.

Cependant longtemps encore le chasseur resta la vue fixée vers le point où ils lui étaient d’abord apparus ; peu à peu ses sourcils se froncèrent, une ride profonde se creusa sur son front, et il resta immobile et muet, appuyé sur son rifle, mais semblant en proie à une vive émotion.

Malgré eux, ses compagnons suivaient avec un intérêt croissant le travail de la pensée dont les progrès se lisaient pour ainsi dire couramment sur le vaste front du chasseur.