Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/260

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— C’est tout ce que vous voudrez. Je comprends aussi bien que vous combien je suis ridicule, mais c’est plus fort que moi.

Valentin frappa du pied avec colère en jetant un regard de côté sur ses compagnons qui, groupés de l’autre côté de la barranca, ne savaient à quoi attribuer ce retard incompréhensible.

— Écoutez, général, dit-il au bout d’un instant, je ne vous abandonnerai pas ainsi, quoi qu’il arrive ; trop de raisons nous lient l’un à l’autre pour que je vous laisse exposé à mourir de faim sur ce rocher ; on ne vit pas près d’un an dans le désert avec un homme, partageant avec lui les dangers, le froid, le chaud, la faim et la soif, pour s’en séparer de cette façon. S’il vous est réellement impossible de traverser le précipice comme l’ont fait nos compagnons, eh bien ! laissez-moi faire, je trouverai un autre moyen.

— Merci, mon ami, répondit tristement le général en lui serrant la main ; mais, croyez-moi, ne vous occupez plus de moi, laissez-moi ici ; je deviendrai ce qu’il plaira à Dieu ; nos compagnons s’impatientent, le temps vous presse, partez, il le faut.

— Je ne partirai pas, s’écria résolument le chasseur ; je vous jure que vous viendrez avec moi.

— Non, vous dis-je, je ne puis.

— Essayez !

— C’est inutile, je sens que le cœur me manque. Adieu, mon ami.

Valentin ne lui répondit pas, il réfléchissait.

Au bout d’un instant, il releva la tête ; son visage rayonnait de joie.