Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/262

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ral était logique en soi : ce n’était pas la mort, mais seulement le genre de mort qui l’épouvantait, et comme il lui semblait prouvé qu’il lui serait impossible de suivre le chemin pris par ses compagnons, il avait préféré en finir de suite.

Du reste, le brave général était mort en leur rendant un dernier et immense service : grâce à lui, leurs traces avaient disparu si bien qu’il était impossible au Cèdre-Rouge de les retrouver, à moins, cas peu probable, que Dieu ne consentît à faire un miracle en sa faveur.

Les chasseurs, bien qu’ils fussent parvenus à sortir du cercle fatal dans lequel les enserrait le pirate, grâce à l’audacieuse initiative de Valentin, se trouvaient malgré cela dans une position excessivement critique ; il leur fallait descendre le plus tôt possible dans la plaine, afin de trouver un chemin quelconque ; aussi, comme cela arrive toujours en pareil cas dans le désert, tout sentiment dut-il promptement céder à la nécessité qui les étreignait de son bras de fer : le danger commun réveilla subitement chez eux cet instinct de la conservation qui chez l’homme, quoi qu’il arrive, ne fait jamais que sommeiller.

Valentin fut le premier qui parvint à maîtriser sa douleur et à reprendre sur lui-même cet empire qui ne lui faisait jamais défaut.

Depuis qu’il parcourait le désert, le chasseur avait assisté à tant de scènes étranges, il avait été acteur dans tant de lugubres tragédies, que chez lui, nous devons l’avouer, les sentiments tendres étaient tant soit peu émoussés, et les événements même les plus tragiques ne parvenaient que difficilement à l’émouvoir.