Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/271

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Mais cette lutte devait tôt ou tard avoir une fin, le Cèdre-Rouge le comprenait, et, n’étant plus soutenu par les mêmes passions qui jadis servaient de mobile à toutes ses actions, le découragement commençait presque à s’emparer de lui, d’autant plus que les souffrances physiques s’étaient, depuis quelques jours, jointes aux douleurs morales, et semblaient s’être réunies pour lui porter le dernier coup.

Voici dans quelle position nous retrouvons le Cèdre-Rouge au moment où les besoins de notre récit nous obligent à retourner vers lui.

Il était huit heures du soir à peu près ; trois hommes et une jeune fille, réunis autour d’un maigre feu de fiente de bison, se chauffaient en jetant parfois autour d’eux un regard terne et désolé sur les gorges sombres des montagnes d’alentour. Ces quatre personnages étaient Nathan, Sutter, Fray Ambrosio et Ellen.

L’endroit où ils se trouvaient était un de ces ravins étroits, lits de torrents desséchés, comme il s’en rencontre tant dans la sierra de los Comanches.

Sur les flancs du ravin s’étendaient, à droite et à gauche, d’épais taillis, contre-forts d’une sombre forêt vierge, des mystérieuses profondeurs de laquelle on entendait sortir par intervalles des hurlements et des rauquements prolongés de bêtes fauves.

La situation des fugitifs était des plus critiques et même des plus désespérées.

Cernés depuis un mois dans ces montagnes arides, traqués de tous les côtés, ils n’avaient jusque-là échappé à leurs persécuteurs que grâce à d’immenses sacrifices et surtout aux prodiges d’adresse déployés par le Cèdre-Rouge.