Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/272

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La poursuite avait été tellement vive que, toujours sur le point d’être surpris par leurs ennemis, ils n’avaient pu même se hasarder à chasser le rare gibier qui, comme pour les narguer, bondissait parfois à quelques pas d’eux seulement.

Un coup de fusil, en révélant la direction dans laquelle ils se trouvaient, aurait suffi pour les faire découvrir.

Cependant les quelques vivres dont ils s’étaient approvisionnés en quittant le jacal n’avaient pas tardé, malgré l’économie dont ils en usaient, à disparaître.

Alors la faim, la soif surtout s’étaient fait sentir.

De tous les fléaux qui affligent les malheureux voyageurs, la soif est, sans contredit, le plus terrible.

On peut jusqu’à un certain point endurer la faim pendant un laps de temps plus ou moins long sans grande souffrance, surtout au bout de quelques jours ; mais la soif cause des douleurs atroces qui, en peu de temps, occasionnent une espèce de folie furieuse ; le palais se dessèche, la gorge est en feu, les yeux s’injectent de sang, et le malheureux, en proie à un horrible délire qui lui fait voir partout cette eau si désirée, meurt enfin dans des douleurs atroces que rien ne peut calmer.

Les provisions épuisées, il avait fallu s’en procurer d’autres ; dans ces montagnes, cela était presque impossible, surtout se trouvant, comme l’étaient les fugitifs, privés de leur liberté d’action.

Ils parvinrent cependant, pendant quelques jours, à vivre de racines et de quelque menu gibier pris au collet.

Malheureusement, le froid devenait tous les jours plus vif, les oiseaux se retiraient dans des régions moins glacées : cette ressource leur manqua.