Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/278

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— C’est vrai, fit humblement le moine, je n’y songeais pas ; pardonnez-moi, niña. Cependant vous me permettrez de vous faire observer qu’il est extraordinaire que votre père ne soit pas encore de retour.

— Eh ! señor, s’écria la jeune fille avec vivacité, vous qui êtes si prompt à accuser un ami qui si souvent et depuis si longtemps vous a donné des preuves non équivoques d’un dévouement sans bornes, savez-vous si ce n’est pas encore le soin de votre sûreté qui le retient loin de nous ?

— Bien parlé, by God ! fit une voix rude ; merci, ma fille.

Les aventuriers se retournèrent en tressaillant malgré eux.

En ce moment les broussailles furent écartées par une main ferme, un pas lourd et assuré résonna sur les cailloux du ravin et un homme parut.

C’était le Cèdre-Rouge.

Il portait un daim sur l’épaule.

Arrivé dans la zone de lumière que répandait le feu, il s’arrêta, jeta son fardeau à terre, et, s’appuyant sur le canon de son fusil dont il posa rudement la crosse sur le sol, il promena un regard sardonique autour de lui.

— Oh ! oh ! fit il en ricanant, il paraît que j’arrive à propos, señor padre. Vive Dios ! vous m’arrangiez assez bien, il me semble, en mon absence ; est-ce donc de cette façon que vous entendez la charité chrétienne, compadre ! Cristo ! je ne vous en fais pas mon compliment alors.

Le moine, interdit par cette brusque apparition et cette rude apostrophe, ne trouva rien à répondre.