Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/277

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— D’ici là, fit-elle avec douceur, savez-vous ce que vous réserve le Ciel ? Un sursis, si court qu’il soit, est tout dans votre position ; tout dépend pour vous, non du moment présent, mais de celui qui le suit.

— Bon, bon, nous ne nous disputerons pas après le service que vous nous avez rendu, niña ; cependant tout semble vous donner tort.

— Comment cela ?

— Eh ! caspita, ce que je dis est cependant bien facile à comprendre ; sans aller plus loin, votre père qui nous avait donné sa parole de ne jamais nous abandonner…

— Eh bien ?

— Où est-il ? Depuis ce matin, au point du jour, il nous a quittés pour aller où, le diable seul le sait ; la nuit est depuis longtemps tombée, et, vous le voyez vous-même, il n’est pas revenu.

— Qu’est-ce que cela prouve ?

— Canario ! cela prouve qu’il est parti, voilà tout.

— Vous croyez ? fit Ellen.

— Dites que j’en suis sûr, niña.

Ellen lui lança un regard méprisant.

— Señor, lui répondit-elle fièrement, vous connaissez mal mon père si vous le jugez capable d’une telle lâcheté.

— Hum ! dans la position où nous sommes, il serait presque excusable de le faire.

— Peut-être eût-il, en effet, agi ainsi, reprit-elle vivement, s’il n’avait pas eu d’autre compagnon que vous, caballero ; mais il laisserait ici sa fille et ses fils, et mon père n’est pas homme à abandonner ses enfants dans le péril.