Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/286

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Fray Ambrosio avança la main.

Le Cèdre-Rouge lui retint le bras en souriant.

— Un instant, dit-il, ces cartes sont à vous, compadre, et je connais votre talent de joueur ; laissez-moi couper.

— Comme il vous plaira ! répondit le moine avec une grimace de désappointement.

Le squatter coupa, Ellen commença à donner une carte à chacun.

Il y avait réellement quelque chose d’étrange dans l’aspect de cette scène.

Par une nuit sombre, au fond de cette gorge désolée, au bruit du vent qui mugissait sourdement, ces quatre hommes penchés en avant, regardant avec anxiété cette jeune fille pâle et sérieuse qui, aux reflets changeants et capricieux des flammes du brasier, semblait accomplir une œuvre cabalistique sans nom, l’expression sinistre des traits de ces hommes qui jouaient en ce moment leur vie sur une carte ; certes, l’étranger auquel il aurait été donné d’assister invisible à ce spectacle extraordinaire aurait cru être en proie à une hallucination.

Les sourcils froncés, le front pâle et la poitrine haletante, ils suivaient d’un regard fébrile chaque carte qui tombait, essuyant par intervalles la sueur froide qui perlait à leurs tempes.

Cependant les cartes tombaient toujours, le dos de espadas n’était pas encore arrivé de tout le jeu ; Ellen n’avait plus dans la main qu’une dizaine de cartes.

— Ouf ! fit le moine, c’est bien long !

— Bah ! répondit en ricanant le Cèdre-Rouge, peut-être allez-vous le trouver trop court.