Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/287

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— C’est moi, dit Nathan d’une voix étranglée.

En effet, le dos de espadas venait de tomber devant lui.

Tous respirèrent à pleins poumons.

— Eh ! fit le moine en lui frappant sur l’épaule, je vous félicite, Nathan, mon ami ; vous êtes chargé d’une belle mission.

— Voulez-vous l’accomplir à ma place ? répondit l’autre en ricanant.

— Je ne veux pas vous ravir l’honneur de nous sauver, dit Fray Ambrosio avec aplomb.

Nathan lui lança un regard de pitié, haussa les épaules et lui tourna le dos.

Fray Ambrosio ramassa le jeu de cartes et le replaça dans ses bottes vaqueras avec une satisfaction évidente.

— Hum ! murmura-t-il, elles peuvent encore servir ; on ne sait pas dans quelle circonstance le hasard nous placera.

Après cette réflexion philosophique, le moine, tout ragaillardi par la certitude de ne pas être obligé de se sacrifier pour ses amis, se rassit tranquillement auprès du feu.

Cependant le Cèdre-Rouge, qui ne perdait pas de vue l’exécution de son projet, avait étendu quelques grillades de daim sur les charbons afin que ses compagnons pussent prendre les forces nécessaires pour les fatigues qu’ils allaient avoir à supporter.

Comme cela arrive ordinairement en pareil cas, le repas fut silencieux ; chacun, absorbé dans ses pensées, mangeait rapidement sans songer à entamer ou soutenir une conversation oiseuse.

Il était environ cinq heures du matin ; le ciel