Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/303

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Tout à coup s’ouvrent, sous les pas de l’imprudent voyageur, des fondrières immenses, ou ce sont des marais recouverts à peine par une croûte épaisse d’un pouce, et qui engloutissent dans leur boue fétide le téméraire qui se hasarde à y mettre le pied ; plus loin, une rivière coule silencieuse et ignorée, formant des rapides et se frayant à grand’peine un chemin à travers les monceaux d’humus et les arbres morts qu’elle charrie et dépose sur ses rives.

On comprend, d’après la description abrégée que nous venons de faire, qu’il n’est pas aussi difficile qu’on serait porté à le croire de passer d’arbre en arbre pendant de longues distances.

Du reste, afin d’édifier complètement le lecteur, nous lui apprendrons ce qu’il ignore probablement : c’est que, dans certaines régions des prairies, cette manière de voyager est mise en pratique, non pas, comme on pourrait le supposer, afin d’échapper aux poursuites obstinées d’un ennemi, mais simplement afin d’aller plus vite, de ne pas être obligé de se frayer une route avec la hache et de ne pas risquer de tomber dans un précipice, d’autant plus que la plupart des arbres sont énormes et leurs solides branches tellement enchevêtrées les unes dans les autres, qu’elles forment pour ainsi dire un parquet commode, à quatre-vingts pieds au-dessus du sol.

La proposition du Cèdre-Rouge n’avait donc en soi rien d’extraordinaire, faite à des hommes qui probablement avaient employé déjà ce système de locomotion.

Seulement, ce qui aurait été une chose simple et des plus faciles pour des aventuriers, devenait sérieuse et presque impossible pour une jeune fille comme