Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/311

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temps en temps pour reprendre haleine et se remettant immédiatement en route.

Ils avaient traversé, toujours sur leur pont flottant, une espèce de rivière assez large, et n’allaient pas tarder à se trouver dans les régions du bas pays.

Il était près de cinq heures du soir ; les rayons abaissés du soleil allongeaient démesurément l’ombre des arbres ; les hulottes, attirées par le vol effaré des gros cerfs-volants dont elles sont friandes, tournoyaient déjà dans les airs ; une vapeur épaisse s’élevait de terre et formait un brouillard au milieu duquel disparaissaient presque nos quatre individus ; tout enfin annonçait que la nuit n’allait pas tarder à paraître.

Le Cèdre-Rouge avait pris la direction de la petite troupe, afin que, dans le dédale inextricable de la forêt vierge, ses compagnons, moins au fait que lui de la vie des bois, ne fissent pas mauvaise route ; car du lieu où ils se trouvaient, toute configuration de terrain disparaissait pour ne laisser voir qu’un immense chaos de branches touffues et de lianes entrelacées.

— Eh ! compadre, demanda Fray Ambrosio qui, peu accoutumé aux longues courses pédestres et affaibli par les privations qu’il avait endurées, ne marchait plus depuis quelque temps qu’avec des difficultés extrêmes, nous arrêterons-nous bientôt ? Je vous avertis que je n’en puis plus, moi.

Le squatter se retourna vivement, et plaçant sa large main sur la bouche du moine :

— Silence ! lui dit-il d’une voix étranglée, silence ! si vous tenez à votre chevelure.

— Cristo ! si j’y tiens ! murmura l’autre avec un