Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/313

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rique, un développement énorme, et possède des races d’une férocité devant laquelle pâlissent tous les fauves de notre continent.

Nous voulons parler ici de cet animal doué d’une force prodigieuse, d’un courage aveugle et d’une cruauté sans bornes, que les savants nommant ursus cinereus, les Américains du Nord le grizzli-bear, et que nous appelons en français l’ours féroce, ou plus communément l’ours gris.

La plupart des voyageurs font de cet animal un portrait réellement effrayant, disant entre autres choses qu’il joint à la stupidité de l’ours blanc la férocité et le courage des grands carnivores.

Bien que voyageur moi-même, je suis ici forcé de convenir humblement que l’on ne doit croire qu’avec certaine restriction et beaucoup de prudence les récits de ces messieurs, qui, souvent placés dans des situations périlleuses ou mal disposés d’esprit et de corps, ont mal vu, et, malgré eux, subissant l’influence du moment, ont fort bien pu, sans s’en douter eux-mêmes, se laisser aller à des exagérations qui sont peu à peu devenues des articles de foi et sont maintenant acceptées comme tels.

Je n’ai nullement l’intention de réhabiliter l’ours gris dans l’esprit de mes lecteurs ; seulement je tiens à ce qu’on ne soit pas plus injuste envers lui qu’envers les autres animaux sortis des mains du Créateur.

Donc, mettant de côté toute exagération et nous bornant à la vérité la plus stricte, nous allons en quelques mots dire ce que c’est que l’ours gris et quelles sont ses mœurs.

Nous avons, pendant notre long séjour en Amérique,