Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/326

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vre, que les villages sont à demi enfouis sous la neige, que le ciel est lourd, et que pendant de longues nuits on entend siffler l’ouragan et tomber sans relâche des pluies diluviennes.

Seule, privée d’un ami dans le sein duquel elle pût déposer le trop-plein de son cœur et confier ses angoisses, Mme Guillois tomba peu à peu dans une mélancolie sombre dont rien ne put l’arracher.

Une femme de l’âge de la mère du chasseur ne rompt pas impunément avec toutes ses habitudes pour entreprendre un voyage comme celui qu’elle avait fait à travers les déserts américains.

Quelles que soient la simplicité et la frugalité de la vie d’une certaine classe de la société en Europe, elle jouit cependant d’un certain confort relatif bien supérieur à tout ce qu’elle doit s’attendre à rencontrer dans les villages indiens, où manquent les objets de première nécessité et où la vie se trouve forcément réduite à sa plus simple expression.

Ainsi, par exemple, la femme habituée à travailler le soir dans un bon fauteuil, au coin d’un feu, dans une chambre bien close, à la lueur d’une lampe, ne pourra jamais, quoiqu’elle fasse, s’astreindre à demeurer accroupie sur le sol battu devant un feu dont la fumée l’aveugle, dans une hutte sans fenêtre, éclairée seulement par la lueur tremblotante d’une torche fumeuse.

Lorsque Mme Guillois avait quitté le Havre, elle n’avait qu’un but, un désir, revoir son fils quand même ; toute autre considération devait céder à celle-là ; elle avait gaiement sacrifié le bien-être dont elle jouissait pour retrouver le fils qu’elle croyait avoir perdu et qui remplissait son cœur.