Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/327

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Cependant, malgré la forte constitution dont elle jouissait et l’énergie virile de son caractère, lorsqu’elle eut supporté les fatigues d’une traversée de trois mois, et celles non moins rudes d’un voyage de plusieurs semaines à travers les forêts et les plaines, voyageant à cheval, se nourrissant de venaison et dormant à la belle étoile, sa santé s’était peu à peu altérée, ses forces s’étaient usées dans cette lutte de chaque jour et de chaque heure, et, blessée au moral comme au physique, elle avait enfin été contrainte de s’avouer vaincue et de reconnaître qu’elle était trop faible pour supporter plus longtemps une pareille existence.

Elle maigrissait et dépérissait à vue d’œil ; ses joues se creusaient, ses yeux s’enfonçaient de plus en plus sous l’arcade sourcilière, son nez s’amincissait, son visage était pâle, son regard languissait ; enfin tous les symptômes révélaient que cette nature qui jusqu’alors avait si vaillamment résisté, s’affaissait rapidement et qu’elle était minée par une maladie qui depuis longtemps couvait intérieurement et venait enfin de se déclarer.

Mme Guillois ne se faisait pas illusion sur son état, elle en calculait froidement et exactement toutes les péripéties probables, suivait pas à pas les différentes phases de sa maladie, et lorsque le Rayon-de-Soleil s’informait avec anxiété de ce qu’elle avait et de ce qu’elle souffrait, elle lui répondait avec ce sourire calme et navrant du condamné à mort qui n’a plus d’espoir, sourire plus triste qu’un sanglot :

— Ce n’est rien, mon enfant, je meurs.

Ces paroles étaient prononcées avec un accent de douceur et de résignation si étrange, que la jeune