Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/340

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sement dont il s’était affublé, déguisement que, nous le répétons, il portait avec une perfection rare.

Lorsqu’il avait aperçu les cavaliers, mettant à profit ce vieil adage qui dit que lorsque l’on a quelque chose à redouter il faut toujours, autant que possible, prendre ses jambes à son cou, il avait cherché à fuir ; malheureusement pour lui il était à pied, assez fatigué déjà d’une longue course et dans un pays tellement ouvert et dénué de bois touffus, qu’il reconnut bientôt que s’il s’obstinait à chercher à s’échapper, il se perdrait inévitablement en donnant des soupçons à des gens qui, ne le connaissant pas, se contenteraient probablement de l’étiquette du sac sans chercher à voir plus loin. Il comptait ensuite sur le caractère superstitieux des Indiens et sur la dose remarquable d’audace et d’effronterie dont il était doué pour les tromper.

Ces réflexions furent faites par Nathan avec cette rapidité et cette sûreté de coup d’œil qui distinguent les hommes d’action ; son parti fut pris à la minute, et, s’asseyant au pied d’un arbre, il attendit impassible l’arrivée des étrangers.

Du reste, disons-le, Nathan était un homme d’une témérité aventureuse et d’un caractère indomptable ; la position critique dans laquelle le jetait subitement le hasard, loin de l’effrayer, lui plaisait au contraire et lui causait une certaine émotion qui n’était pas dénuée de charmes pour un homme de sa trempe.

Suivant toujours ce système qui consiste à prendre ses avantages chaque fois qu’on en trouve l’occasion, il s’établit carrément dans sa personnalité d’emprunt, et lorsque les Indiens s’arrêtèrent devant lui il leur adressa le premier la parole :