Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/37

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hôtes funèbres dont il interrompait si inopinément les ébats.

Tout à coup, un grondement rauque et prolongé partit d’un coin reculé de la grotte.

Les deux hommes demeurèrent cloués au sol.

Ils se trouvaient face à face avec un magnifique ours noir, dont sans doute la caverne était la résidence habituelle, et qui, dressé sur ses pattes de derrière et la gueule ouverte, montrait aux importuns qui venaient si malencontreusement le troubler dans sa retraite une langue rouge comme du sang et des crocs d’un luisant et d’une longueur remarquables.

Il se balançait lourdement, suivant l’habitude de ses semblables, et ses yeux ronds et effarés se fixaient sur les aventuriers de façon à leur donner à réfléchir.

Heureusement que ceux-ci n’étaient pas hommes à se laisser longtemps intimider.

— Hum ! fit Valentin en considérant l’animal, j’en étais sûr, voilà un gaillard qui paraît avoir envie de souper avec nous.

— Mon fusil nous fera, au contraire, souper avec lui, répondit don Pablo en riant.

— Gardez-vous bien de lui envoyer une balle, s’écria vivement le chasseur en arrêtant le jeune homme qui épaulait déjà son fusil ; un coup de feu tiré en ce lieu fera un fracas épouvantable ; nous ne savons pas quels sont les gens qui rôdent autour de nous, ne nous compromettons pas.

— C’est vrai ! observa don Pablo. Comment faire alors ?

— Cela me regarde, reprit Valentin ; prenez ma torche et soyez prêt à m’aider.

Alors, posant sa carabine contre l’une des parois