Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/40

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— Voulez-vous dire que ce n’est pas vrai ? reprit durement le chasseur en fixant sur lui un regard qui l’obligea à baisser les yeux ; expliquez-vous donc, Pablo, j’attends votre justification ; je suis curieux de voir comment vous vous y prendrez, don Pablo, pour me prouver que vous avez raison d’agir comme vous le faites.

Le jeune homme, pendant ces paroles de son ami, avait eu le temps de reprendre, sinon tout, du moins une partie de son sang-froid et de sa présence d’esprit.

— Vous êtes sévère, dit-il ; avant de m’accuser, peut-être serait-il bon que vous vous donnassiez la peine d’écouter les raisons que j’ai à vous donner.

— Tenez, mon ami, répondit vivement Valentin, ne détournons pas la question, soyons francs ; ne prenez pas la peine de me raconter votre amour, je le connais aussi bien que vous : je l’ai vu naître et grandir ; seulement, permettez-moi de vous dire que je pensais être sûr qu’après l’assassinat de doña Clara cet amour, qui jusque-là avait résisté à tout, aurait cette fois été brisé sans retour. On ne peut aimer ceux qu’on méprise : la fille du Cèdre-Rouge ne doit vous apparaître qu’à travers un nuage sanglant.

— Don Valentin ! s’écria le jeune homme avec douleur, voulez-vous rendre cet ange responsable des crimes d’un scélérat ?

— Je ne discuterai pas avec vous cette fameuse théorie qui pose en principe que les fautes et les crimes sont personnels ; les fautes, oui, peut-être ; mais dans la vie du désert, toute une famille doit être solidaire et responsable des crimes de son chef ; sans cela il n’y a plus de sécurité possible pour les honnêtes gens.