Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/431

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En ce moment, les trois personnages que nous suivons étaient sous le poids d’une émotion semblable à celle que nous venons de décrire. Au moment où ils espéraient voir accomplir les espérances que depuis si longtemps ils caressaient, ils éprouvaient une émotion qui les dominait complètement et dont ils ne pouvaient se rendre compte.

C’était un coup décisif qu’ils allaient jouer. Depuis si longtemps qu’ils luttaient contre ce rude jouteur, toujours ils l’avaient trouvé planté droit sur la brèche, leur rendant ruse pour ruse, finesse pour finesse, et, en résumé, bien que blessé cruellement, demeurant toujours vainqueur.

Cette fois enfin la chance avait tourné ; Dieu semblait s’être mis de la partie pour faire triompher le bon droit ; et le bandit, acculé dans son dernier repaire, s’attendait d’heure en heure à être forcé.

Cependant ils ne se dissimulaient nullement les difficultés de cette partie suprême où le squatter, poussé dans ses derniers retranchements, échapperait par la mort au sort qu’on lui réservait, si à force d’audace et de ruse on ne parvenait pas à le tromper.

Dans une disposition d’esprit comme celle où se trouvaient nos trois personnages, on comprend qu’entre eux toute conversation devait être nulle.

Ils atteignirent les premiers contre-forts des montagnes sans avoir échangé une parole.

Là ils s’arrêtèrent.

— Caballeros, dit le gambucino, avant que d’aller plus loin, nous ne ferions pas mal, il me semble, de prendre quelques dispositions indispensables.

— De quelles dispositions parlez-vous, mon ami ? répondit don Pablo.