Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/448

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— Comment cela ? demanda le Mexicain avec inquiétude.

— Ma foi ! oui : une blessure au bras gauche ne t’empêcherait pas, en cas d’alerte, de faire le coup de feu avec nous.

— Je le ferai, soyez-en persuadé, répondit-il avec un accent singulier.

— Avec tout cela, tu ne m’as pas dit par quel hasard tu te trouvais dans la montagne, reprit le Cèdre-Rouge.

— Par un hasard bien simple : depuis la destruction et la dispersion de notre pauvre cuadrilla, j’erre de tous les côtés comme un chien sans maître ; chassé par les Indiens pour avoir ma chevelure, poursuivi par les blancs pour être pendu, comme ayant fait partie de la bande du Cèdre-Rouge, je ne sais où me réfugier. Il y a deux ou trois jours déjà que le hasard m’a conduit dans cette sierra ; cette nuit, au moment où, après avoir mangé une bouchée, j’allais tâcher de dormir, un individu que l’obscurité m’a empêché de reconnaître s’est jeté à l’improviste sur moi ; vous savez le reste, mais c’est égal, son compte est bon.

— Bien, bien, interrompit vivement le Cèdre-Rouge, garde cela pour toi ; maintenant, bonsoir ; tu dois avoir besoin de repos, dors si tu peux.

La ruse du gambucino était trop simple et en même temps trop adroitement ourdie pour ne pas réussir.

Nul ne peut supposer que, de gaieté de cœur, un individu s’amuse à se faire à soi-même une blessure grave. Ce qui avait encore aidé à dissiper les soupçons du Cèdre-Rouge, c’était la vue du chapeau de don Pablo.