Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/468

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Lorsque tout le monde se fut retiré, Valentin s’agenouilla devant la fosse, et quelques instances que lui fissent le missionnaire et le chef indien, il voulut, cette nuit encore, veiller auprès de sa mère morte.

Au point du jour, ses deux amis revinrent ; ils le retrouvèrent agenouillé et priant ; il était pâle ; ses traits étaient fatigués ; ses cheveux, si noirs la veille, étaient maintenant mêlés de mèches blanches.

Que s’était-il passé pendant cette longue nuit ? Quel secret la mort avait-elle révélé au vivant ?

Le père Séraphin chercha à lui rendre le courage. Le chasseur, à toutes les saintes exhortations du prêtre, secouait tristement la tête.

— À quoi bon ? disait-il.

— Oh ! lui dit enfin le missionnaire, Valentin, vous si fort, vous voilà faible comme un enfant ; la douleur vous terrasse sans combat ; vous refusez la lutte ; vous oubliez que vous ne vous appartenez pas, enfin.

— Moi ! s’écria-t-il ; hélas ! que me reste-t-il à présent ?

— Dieu ! dit le prêtre d’une voix sévère en lui montrant le ciel.

— Et le désert ! lui dit Curumilla en étendant le bras du côté du soleil levant.

Un éclair s’alluma comme une flamme dans l’œil noir du chasseur ; il secoua la tête à plusieurs reprises, jeta sur la tombe un regard chargé de tendresse, en disant d’une voix brisée :

— Au revoir, ma mère !

Et, se tournant vers le chef indien :