Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/85

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


— Que puis-je dire que mon père ne sache pas ? répondit la jeune fille avec défiance.

— Ma fille veut sauver ses frères pâles. N’est-ce pas cela ?

— Eh bien, oui ! fît-elle avec exaltation. Pour des raisons que je ne puis vous dire, ces hommes qui, il y a quelques jours, m’étaient odieux, me sont devenus chers ; aujourd’hui, je voudrais les sauver au péril de ma vie.

— Oui, dit le vieillard comme se parlant à lui-même, les femmes sont ainsi : comme les feuilles que le vent balance dans l’espace, leur esprit change de direction au moindre souffle de la passion.

— Maintenant, vous savez mon secret, reprit-elle avec résolution ; peu m’importe de vous l’avoir divulgué, agissez comme bon vous semblera, mais ne comptez plus sur moi.

— Au contraire, reprit l’Apache avec son rire sardonique, j’y compte plus que jamais.

— Que voulez-vous dire ?

— Eh bien, continua le Chat-Noir en jetant un regard perçant autour de lui et en baissant la voix, moi aussi je veux les sauver.

— Vous ?

— Moi. Le grand chef pâle ne m’a-t-il pas fait échapper, dans le village des Comanches, à la mort qui m’attendait ? N’a-t-il pas partagé en frère avec moi l’eau de feu de sa gourde pour me donner la force de me tenir à cheval et de rejoindre les guerriers de ma tribu ? Le Chat-Noir est un grand chef. L’ingratitude est un vice blanc. La reconnaissance est une vertu rouge. Le Chat-Noir sauvera son frère.

— Merci, chef ! s’écria la jeune fille en serrant dans