Page:Aimard - La Loi de Lynch, 1859.djvu/93

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Alors il entonna cette chanson bizarre dont voici la traduction, et que tous les autres Indiens répétèrent en chœur après lui, tout en reprenant leur danse :

« Maître de la vie, tu nous donnes du courage ! Il est vrai que les Peaux Rouges savent que tu les aimes ! Nous t’envoyons notre père aujourd’hui ! Vois comme il est vieux et décrépit ! L’élan rapide s’est changé en ours pesant ! Fais qu’il puisse se trouver jeune dans un autre monde et en état de chasser comme aux anciens jours ! »

Et la ronde tourbillonnait autour du vieillard, qui fumait impassible.

Enfin, lorsque son calumet fut vide, il secoua la cendre sur l’ongle de son pouce, posa la pipe devant lui et leva les yeux au ciel.

En ce moment, les premières lueurs du crépuscule teignaient de reflets couleur d’opale l’extrême ligne de l’horizon.

Le vieillard se redressa, son œil éteint sembla se ranimer et lança un éclair.

— Voici l’heure, dit-il d’une voix haute et ferme ; le Wacondah m’appelle. Adieu, guerriers comanches ; mon fils, c’est à vous de m’envoyer auprès du maître de la vie !

L’Unicorne détacha la hache pendue à sa ceinture, la brandit au-dessus de sa tête, et, sans hésitation, d’un mouvement rapide comme la pensée, il fendit le crâne du vieillard, dont le visage souriant était tourné vers lui, et qui tomba sans pousser un soupir.

Il était mort !

La danse recommença plus rapide et plus désordonnée, et les guerriers chantèrent en chœur :

« Wacondah ! Wacondah ! reçois ce guerrier. Vois,