Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/104

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


moi, moins encore que personne, à cause de la situation singulière dans laquelle je me trouve jetée. Vous êtes aujourd’hui mon seul ami, cher docteur ; c’est à vous seul que, dans les embarras où je me trouverai peut-être avant peu, je pourrai demander conseil.

Si vous ne connaissez pas ma vie passée, si vous ignorez les événements qui m’ont jetée dans l’abîme où je suis tombée malgré moi, dit la marquise avec insistance, comment vous sera-t-il possible, malgré votre vif désir de m’être utile, de me donner des conseils profitables, et de me venir ainsi en aide ? Ne refusez donc pas de prendre ce papier. Vous voyez qu’ainsi que je vous l’ai dit, c’est encore bien plutôt pour moi que pour vous que je désire que vous le lisiez !

Et elle lui tendit de nouveau le rouleau de papier, avec un charmant geste de prière.

— Il faut vous céder, madame, dit le docteur en prenant enfin le manuscrit ; mais croyez bien que je suis convaincu que ce journal ne m’apprendra rien de nouveau sur votre caractère et vos nobles sentiments.

— Je vous remercie de la bonne opinion que vous avez de moi, cher docteur je tâcherai de la justifier. J’espère que lorsque vous me connaîtrez bien, vous me continuerez vos bons conseils.

— Je serai toujours, madame, puisque vous le permettez, le plus dévoué de vos amis.

Et, retenant dans la sienne la main que la marquise lui tendait :

— Quelle imprudence, madame comment avez-vous conservé cet anneau à votre doigt. Il suffirait pour vous faire découvrir. Un jeune homme porte parfois un diamant ou une chevalière au petit doigt ou à l’annulaire de la main gauche, mais jamais il n’y porte une alliance : car c’est bien votre alliance que vous avez conservée ?

— En effet, répondit-elle en rougissant, j’ai tellement l’habitude de porter cet anneau que la pensée ne m’est pas venue de le retirer. Vous voyez, cher docteur, que mes idées ne sont pas encore très nettes.