Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/117

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— Parce que vous éviteriez le voyage ?

— Non, pour autre chose.

— Avez-vous fait quelque découverte ?

— Plusieurs, monsieur ; j’ai d’abord découvert que le marquis de Garmandia est un homme d’une violence extrême ; qu’il a dissipé toute sa fortune ; que, depuis deux ans, il ne vit que de ce qu’il réussit à arracher à sa femme, par des menaces, et même des sévices. Je sais, de plus, que le jour de son départ pour l’Afrique, le marquis s’est fait compter par la marquise une somme de cent mille francs contre un pouvoir signé de lui et l’autorisant à réaliser ses biens particuliers et en disposer comme il lui plairait, pouvoir, bien entendu, que le marquis a annulé aussitôt débarqué à Alger. Malheureusement ou heureusement pour elle, la marquise, qui connaissait bien son mari, n’avait pas perdu de temps ; elle s’était si bien hâtée, que toute sa fortune était réalisée et entre ses mains, avant même que le marquis eût aperçu les côtes d’Afrique.

— Que me dites-vous là ? s’écria le juge d’instruction avec surprise.

— La vérité, monsieur. Je tiens ces détails du notaire de madame de Garmandia lui-même.

— Le chiffre de cette fortune particulière de la marquise est élevé, sans doute.

— Assez, dit froidement le policier, il se monte à deux millions sept cent mille francs environ.

— Est-ce possible ! s’écria le juge d’instruction abasourdi ; nous n’avons trouvé que des sommes insignifiantes, vingt-cinq mille francs au plus ; que sera devenue cette énorme fortune ?

— Demandez au marquis de Garmandia, monsieur, répondit l’agent en ricanant. Je crois que, mieux que personne, il saura vous dire où elle est passée ; ah ! c’est un rude mâtin ! Il connaît son affaire ! il a admirablement travaillé ; ce crime est un véritable chef-d’œuvre ; seulement, il a trop rusé, c’est ce qui l’a perdu.

— Mais son alibi ?