Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/132

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Julian était un de ces cœurs généreux, un de ces hommes d’élite pour lesquels la haine n’existe pas, disposés à la bienveillance envers tout le monde, parce qu’ils sont forts, et qui, avant d’accepter une lutte, essayent par tous les moyens honorables de l’éviter.

Et puis, dans le cas présent, il était surtout disposé à l’indulgence par l’amour ; il plaignait son rival, et était tout disposé à lui tendre la main, si celui-ci consentait à lui offrir la sienne.

Cependant les jours se passaient, le temps s’écoulait, le docteur ignorait encore l’amour de son fils, et l’engagement sacré qu’il avait pris sans l’en prévenir ; le hasard pouvait d’un moment à l’autre mettre le docteur au courant de tout ce qui s’était passé.

Julian comprenait qu’il devait parler.

C’était presque un miracle, cette ignorance du docteur ; s’il était renseigné à l’improviste par des étrangers, le silence gardé par son fils le blesserait, sans doute.

Il lui adresserait des reproches pour son peu de confiance, ou peut-être se tairait-il, et conserverait-il une rancune secrète du procédé offensant de son fils.

Donc, il était urgent d’aller au devant de toutes ces probabilités aussi désagréables les unes que les autres, en prenant le parti de tout avouer franchement à son père ; cette dernière résolution fut celle à laquelle s’arrêta le jeune homme ; mais il lui fallait attendre un moment propice pour faire cette confidence, ou plutôt cette confession.

Le hasard le favorisa, car le jour même où il avait formé le projet de tout dire à son père, le docteur, sans s’en douter le moins du monde, ainsi que cela arrive le plus ordinairement, lui prépara lui-même la voie.

Un peu plus de six semaines s’étaient écoulées depuis les incidents survenus à la veillée, dont nous avons rendu compte dans notre précédent chapitre.

Il était huit heures du soir.

La pluie fouettait rageusement les vitres, chassée par un fort vent de l’est-nord-est, venant des montagnes, et