Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/131

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


protecteur puissant que, d’instinct, toute femme cherche au fond de son amour.

Cependant elle avait tremblé au récit exagéré qui lui avait été fait, de cette lutte dans laquelle Julian avait risqué sa vie.

Elle avait résolu de le gronder, de le prier d’être prudent, et de ne pas compromettre ainsi son bonheur.

Mais quand elle avait revu le jeune homme, la joie de le revoir lui avait fait tout oublier pour ne plus songer qu’à écouter, le cœur palpitant, les doux serments de l’aimer toujours, que, d’une voix que l’émotion brisait, son fiancé lui murmurait doucement à l’oreille.

D’ailleurs, comme s’il se fût douté des intentions de la jeune fille. Julian était allé de lui-même au-devant de ses reproches en lui déclarant qu’il ne gardait aucune rancune à Felitz Oyandi, pour ce qui s’était passé entre eux, qu’il le plaignait au contraire de ne pas avoir l’amour de Denisà, qu’il comprenait son dépit et excusait sa colère d’avoir été si nettement repoussé.

Un amant rebuté est bien en droit de se plaindre et de s’en prendre à celui qui l’a supplanté dans le cœur de celle qu’il aime.

Il ajouta qu’il éviterait tout prétexte à de nouvelles discussions, que, du reste, il était convaincu que Felitz comprendrait lui-même le ridicule qu’il se donnerait en persistant dans ses recherches et que, dans tous les cas, lui, Julian, ne serait jamais l’agresseur.

Il était trop heureux de l’amour de Denisà pour ne pas plaindre son rival et consentir à d’autres querelles avec lui.

Ces assurances, cent fois répétées, rassurèrent complètement la jeune fille, et ce sujet épuisé fut abandonné sans retour.

Julian disait vrai.

Il ne conservait, en réalité, aucune rancune contre Felitz Oyandi, et, à moins d’une provocation directe, était bien sérieusement résolu à éviter toute contestation avec ce jeune homme pour lequel il n’éprouvait ni haine ni amitié et qui lui était plus qu’indifférent.