Page:Aimard - Les Peaux-Rouges de Paris.djvu/180

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Les hommes armés avaient mis le fusil sur l’épaule et avaient formé des pelotons, dont chacun avait un chef.

Le cri de marche se fit entendre, un silence relatif s’établit, et ils défilèrent au pas accéléré.

Ils étaient plus de deux cents.

Bientôt ils eurent disparu dans un tournant de la route.

— Singulière chasse aux loups ! murmura Julian ; viens, mon Bernardo, je crois que nous pouvons descendre maintenant.

En effet, la salle commune était vide ; il ne s’y trouvait que deux femmes, un vieillard impotent et deux enfants en bas âge ; l’aubergiste lui-même avait suivi la colonne.

En apercevant les voyageurs, la conversation fut subitement interrompue.

Julian ne sembla pas s’apercevoir de cette marque de défiance, il demanda poliment si l’on pouvait servir à déjeuner à lui et à son ami.

Le vieillard qui remplaçait l’aubergiste absent et était son père répondit non moins poliment.

Le couvert fut mis en un tour de main par une des femmes, et bientôt un copieux déjeuner fut servi devant les deux jeunes gens, qui l’attaquèrent vigoureusement.

La conversation avait été reprise à voix basse entre les deux femmes.

Elles auraient pu aussi bien causer à haute voix, car elles s’entretenaient dans un patois incompréhensible pour les jeunes gens.

Lorsque le déjeuner toucha à sa fin, Julian demanda une bouteille de vieux bourgogne, et invita le vieillard à trinquer avec eux, ce que celui-ci accepta ; après cette première bouteille, il en vint une seconde, puis une troisième.

Les deux montagnards buvaient ce vin comme du petit lait, accoutumés qu’ils étaient aux forts vins du Narbonnais et aux vins cuits de Port-Vendres.

Le vieillard se déridait peu à peu ; il devenait communicatif.